CHAPITRE XIV.
LA PLUME BLANCHE.
On connaît le chemin qu'avait à suivre le comte de Moret; c'était le même qu'il avait déjà suivi avec Isabelle de Lautrec et la dame de Coëtman.
Le silence le plus sévère était recommandé, et l'on n'entendait d'autre bruit que celui de la neige s'écrasant sous les pieds des soldats.
Au détour d'une montagne, on arriva en vue de la ville de Suze; elle commençait à se découper dans les premières lueurs du matin.
La portion du rempart qui s'appuyait à la montagne était déserte. Le chemin, si cette rive de terrain sur laquelle on ne pouvait marcher deux de front devait s'appeler chemin, passait à dix pieds à peu près au-dessus des créneaux.
De là on pouvait se laisser glisser sur le rempart.
La demi-lune que devait, après les retranchements pris, après les barricades emportées, attaquer l'armée française, était à trois mille de Suze à peu près, et comme on ne pouvait supposer une attaque par la montagne, ce point n'était aucunement gardé.
Cependant les sentinelles de garde à la porte de France virent, au point du jour, la petite troupe défiler au versant de la montagne, et donnèrent l'alarme.