Il est vrai qu'il devait en être de ce traité comme de ceux du duc de Lorraine.

Un jour, Guillaume III racontait que, s'entretenant avec Charles IV, duc de Lorraine, sur la bonne foi que chacun des contractants devait mettre à exécuter un traité, ce prince lui répondit en riant:

—Est-ce que vous comptez sur un traité, vous?

—Mais oui, répondit naïvement Sa Majesté britannique.

—Eh bien, répliqua le duc Charles, quand il vous plaira, je vous ouvrirai un grand coffre plein de traités que j'ai faits sans en exécuter un seul!

Or, Charles-Emmanuel en avait à peu près autant dans son coffre, et ce n'était qu'un de plus qu'il y ajoutait, avec l'intention bien positive de ne point l'exécuter comme les autres.

Il n'en manifesta pas moins le plus vif désir d'embrasser son neveu Louis XIII, si bien qu'il fut résolu entre le duc et le roi qu'une entrevue aurait lieu.

Ce furent d'abord le prince de Piémont et le cardinal de Savoie qui vinrent saluer le roi immédiatement après le traité; Victor-Amédée amenait sa femme, la princesse Christine, sœur du roi. Louis rendit à sa bonne sœur tous les honneurs possibles et lui fit toutes les amitiés imaginables, enchanté sans doute de prouver qu'il aimait encore mieux la princesse de Piémont, qui venait de lui faire la guerre ostensiblement, que la reine d'Angleterre et la reine d'Espagne, qui pour le moment, se contentaient de conspirer contre lui.

Le duc de Savoie parut le dernier et fut reçu à bras ouverts par son neveu Louis XIII, qui, dès le même jour, résolut de lui rendre sa visite et de le surprendre comme cela se fait de particulier à particulier; mais Charles-Emmanuel, averti à temps, descendit en toute hâte les escaliers et l'attendit au seuil.