On avait su devant Privas quelque chose du dessein qu'avait Ferdinand de faire passer des troupes en Italie; on disait que Waldstein, lui-même, comptait franchir les Alpes grisonnes avec cinquante mille hommes. Enfin on eut connaissance qu'une déclaration avait été lancée par Ferdinand, en date du 5 juin, dans laquelle il déclarait que ses troupes marchaient en Italie, non pour y porter la guerre, mais afin d'y conserver la paix en maintenant l'autorité légitime de l'empereur, et en défendant les fiefs de l'empire dont les étrangers prétendaient disposer au préjudice de ses droits.

Par la même déclaration, l'empereur faisait instance amicale au sérénissime roi d'Espagne, comme à celui qui possédait le fief principal de l'empire en Italie, de pourvoir les troupes impériales de vivres et de munitions nécessaires.

Tout était donc à recommencer en Italie; par malheur, Louis n'était prêt ou plutôt ne serait prêt pour une guerre étrangère que dans cinq ou six mois.

Faute d'argent, après Privas, Richelieu avait été forcé de licencier trente régiments.

On envoya M. de Sabern à la cour de Vienne pour demander à l'empereur son ultimatum.

De son côté, M. de Créquy fut envoyé à Turin pour inviter Monsieur de Savoie à s'expliquer franchement et à dire, en cas de guerre, quel drapeau il arborerait.

L'empereur répondit:

«Le roi de France est venu en Italie avec une puissante armée sans aucune déclaration à l'Espagne ni à l'empire, et s'y est rendu maître par les armes ou par composition, de quelques localités soumises à la juridiction de l'empereur; que le roi de France retire ses troupes de l'Italie, et l'empereur souffrira que l'affaire soit jugée par le droit commun.»

Le duc de Savoie répondit:

«Le mouvement des Impériaux à travers les Grisons n'a point rapport à ce qui s'est fait dans le traité de Suze; mais le roi d'Espagne souhaite que les Français sortent d'Italie et que Suze soit promptement rendue. Si le roi Louis veut donner cette satisfaction à son beau-frère Philippe IV, le duc de Savoie obtiendra de l'empereur Ferdinand qu'il retire ses troupes du pays des Grisons.»