M. de Créquy transmit cette réponse au roi, qui la rendit au cardinal, en le chargeant de répondre.
Le cardinal répondit:
«Dites au duc de Savoie qu'il n'est point question de ce que désirent l'empereur et le roi d'Espagne, mais de savoir purement et simplement si Son Altesse voulait tenir sa parole donnée de joindre ses troupes à celles du roi pour maintenir le traité de Suze.»
Le roi revint à Paris, furieux contre son frère Monsieur, dont il voulait confisquer les propriétés; mais la reine-mère fit si bien qu'elle raccommoda les deux frères et que Monsieur, qui, comme toujours, avait fait au roi son humble soumission, fit ses conditions pour rentrer, et, au lieu de perdre à son escapade, il y gagna le duché de Valois, une augmentation de cent mille livres de pension par an, le gouvernement d'Orléans, de Blois, de Vendôme, de Chartres, le château d'Amboise, le commandement de l'armée de Champagne et la commission, en cas d'absence du roi, de lieutenant-général à Paris et dans les provinces voisines.
Puis cette curieuse réserve était faite:
«En se raccommodant avec le roi, Monsieur ne s'engage point à oublier les injures du cardinal de Richelieu, injures dont il le punira tôt ou tard.»
Le cardinal eut connaissance de ce pacte quand il était trop tard pour l'empêcher; il alla trouver le roi et lui mit le traité sous les yeux.
Louis baissa la tête; il comprenait tout ce qu'il y avait de profonde ingratitude dans la faiblesse qu'il avait eue de céder aux exigences de son frère.
—Si Votre Majesté fait cela pour ses ennemis, dit le cardinal, que fera-t-elle donc pour l'homme qui lui a prouvé qu'il était son meilleur ami.
—Tout ce que me demandera cet homme, si cet homme est vous.