Nous nous sommes étendus avec trop de détails sur la manière dont la police du cardinal était faite pour que nous ayons besoin de dire qu'il était au courant de toutes ces menées et suivait de l'œil tous ces mécontentements.
Mais il vivait dans cette rassurante conviction que le roi tiendrait la promesse qu'il lui avait faite de venir le rejoindre, et cette conviction était en lui pour deux raisons: la première, c'est qu'il était certain que cette incurable mélancolie, cet ennui de toute chose pousserait le roi du côté de l'armée, ne fût-ce que pour entendre se renouveler le bruit glorieux qui s'était fait une année auparavant autour de son nom; la seconde, c'est que, comme au départ du roi, Gaston devait être nommé lieutenant-général à Paris et commandant de l'armée de Champagne, Gaston, pour toucher les émoluments des deux grades, pousserait, avec l'aide de sa mère et de la reine, Louis XIII hors de Paris et même hors de France.
Il y avait bien la possibilité que Gaston profitât de l'absence du roi pour nouer quelque conspiration contre le cardinal et même contre le roi; mais, une fois Louis XIII près de lui, Richelieu ne craignait rien, et il connaissait assez Gaston pour être sûr qu'à la vue d'une armée commandée par le cardinal et par le roi en personne, non-seulement il abandonnerait alliés et complices, mais encore les livrerait quels qu'ils fussent, comme il avait fait jusqu'alors, contre son pardon et une augmentation de revenus.
Cette revue de l'Europe faite, le cardinal comprit que tous les dangers réels étaient dans le lointain et, plus tranquille, se tourna du côté de Turin et essaya de voir, malgré la distance, si Montmorency y suivait exactement ses instructions.
CHAPITRE XVII.
DEUX ANCIENS AMANTS.
Le duc de Montmorency, sans lui faire part du vrai but de son voyage, avait offert à son ami le comte de Moret de l'accompagner à Turin, et celui ci avait accepté avec empressement, comme un moyen de distraction.
L'importance des événements que nous racontons et qui sont de grands faits historiques nous empêche parfois de suivre jusqu'au fond des cœurs de nos personnages le retentissement joyeux ou triste qu'apporte l'accomplissement de ces événements. C'est ainsi que nous avons raconté l'investissement de la ville de Mantoue par les Impériaux, sans avoir le temps de nous préoccuper du trouble que cet investissement jetait dans le cœur du fils de Henri IV.
Et, en effet, Isabelle près de son père allait subir toutes les conséquences funestes: misère, famine, dangers, qui s'attachent aux différentes périodes d'un siége fait par des bandits, tels que ceux qui formaient les hordes impériales.