LE CARDINAL ENTRE EN CAMPAGNE.

La discussion fut vive, chacun des deux avait affaire à forte partie.

Charles-Emmanuel souhaitait moins la paix pour lui qu'une guerre bien acharnée entre la France et la maison d'Autriche, guerre pendant laquelle il serait demeuré neutre jusqu'à ce qu'il trouvât l'occasion d'obtenir de grands avantages en se déclarant pour l'une ou l'autre couronne.

Mais pour faire la guerre à l'Autriche, Richelieu avait son jour fixé, c'était celui où Gustave entrerait en Allemagne.

Victor-Amédée fut donc invité par le cardinal à se tourner d'un autre côté, la question étant posée ainsi:

«Que demande le duc de Savoie, afin d'embrasser à l'heure présente le parti de la France, livrer des places de sûreté et fournir dix mille hommes au roi?

Tous les cas, et particulièrement celui-là, avaient été prévus par Charles-Emmanuel, aussi Victor-Amédée répondit-il:

«Le roi de France attaquera le duché de Milan et la république de Gênes, avec laquelle Charles-Emmanuel est en guerre, et promettra de n'entendre aucune proposition de paix de la part de la maison d'Autriche avant la conquête du Milanais et la ruine entière de Gênes.»

C'était un nouveau point de vue sous lequel se présentait la question, et qui tenait aux événements qui s'étaient passés depuis la paix de Suze.

Le cardinal parut surpris du programme, mais n'hésita point à répondre. Les historiens du temps nous ont conservé ses propres paroles; les voici: