—Comment, prince, le roi envoie son armée pour assurer la liberté de l'Italie, et M. le duc de Savoie veut tout d'abord l'engager à détruire la république de Gênes, dont Sa Majesté n'a nul sujet de se plaindre. Elle employera volontiers ses bons offices et son autorité afin que les Gênois donnent satisfaction à M. de Savoie sur ses prétentions contre eux, mais il ne saurait être question de leur faire maintenant la guerre. Si les Espagnols mettent le roi dans la nécessité d'attaquer le Milanais, on le fera sans doute et le plus rigoureusement qu'il sera possible, et, dans ce cas, M. le duc de Savoie peut être convaincu que Sa Majesté ne rendra jamais ce qu'elle aura pris. Le roi, par la bouche de son ministre lui en donne sa parole.

Si la demande était précise, la réponse ne l'était pas moins; aussi Victor-Amédée, forcé dans ses retranchements, demanda-t-il quelques jours pour rapporter la réponse de son père.

Trois jours après, il était en effet de retour à Bussolino.

«Mon père, dit-il, a grand sujet de craindre que mon beau-frère Louis ne s'accommode avec le roi d'Espagne dès que la guerre sera commencée. La prudence ne lui permet donc pas de se déclarer pour la France, à moins qu'on ne lui promette positivement de ne poser les armes qu'après la conquête du Milanais.»

Richelieu répondit à tout en invoquant l'exécution du traité de Suze.

Victor-Amédée demanda à consulter de nouveau son père, repartit et revint disant: «Que le duc de Savoie est près d'exécuter le traité à la condition qu'on lui laissera d'abord, avec ses dix mille fantassins et ses mille chevaux portés au traité de Suze, attaquer et réduire la république de Gênes et terminer cette affaire avant de s'embarquer dans une autre.»

—C'est votre dernier mot? demanda le cardinal.

—Oui, monseigneur, répondit Victor-Amédée en se levant.

Le cardinal frappa deux coups sur un timbre. Latil parut.

Le cardinal lui fit signe de venir à lui, puis tout bas: