—Le prince va sortir, lui dit-il; descendez et donnez l'ordre que personne ne lui rende les honneurs militaires.

Latil salua et sortit; le cardinal l'avait appelé, parce qu'il savait qu'un ordre donné à Latil était toujours ponctuellement exécuté.

—Prince, dit le cardinal à Victor-Amédée, j'ai eu, pour le duc de Savoie, au nom du roi, mon maître, tous les égards qu'un roi de France peut avoir non-seulement pour un prince souverain, mais pour un oncle; j'ai, toujours au nom du roi, mon maître, eu pour Votre Altesse tous les égards qu'un beau-frère doit au mari de sa sœur; mais je crois qu'hésiter plus longtemps serait manquer à mon double devoir de ministre et de généralissime, et qu'il importe à la gloire de Sa Majesté que je punisse sévèrement l'injure que le duc de Savoie lui fait en lui manquant si souvent de parole, et surtout en faisant souffrir à l'armée française des incommodités capables de la ruiner. A partir d'aujourd'hui, 17 mars,—le cardinal tira sa montre et regarda l'heure,—à partir d'aujourd'hui, 17 mars, six heures trois-quarts de l'après-midi, guerre est déclarée entre la France et la Savoie. Gardez-vous! nous nous garderons!

Et il salua le prince, qui sortit.

Deux sentinelles gardaient la porte du cardinal, se promenant la hallebarde sur l'épaule.

Victor-Amédée passa entre elles deux sans que ni l'une ni l'autre parussent faire attention à lui; elles ne s'arrêtèrent point au milieu de leur promenade et laissèrent leur hallebarde où elle était.

Des soldats jouaient aux dés, assis sur l'escalier; ils ne se dérangèrent point de leur jeu et ne bougèrent point.

—Oh! oh! murmura Victor-Amédée, l'ordre serait-il donné de me faire insulter?

Le prince doutait encore; mais, après avoir dépassé le seuil de la partie, il ne douta plus.

Chacun avait continué de causer de son affaire et avait laissé son arme bas.