A peine le prince Victor-Amédée était sorti que le cardinal appela auprès de lui le comte de Moret, le duc de Montmorency, les maréchaux de Créquy, de La Force et de Schomberg, leur exposa la situation et leur demanda conseil.
Tous furent d'avis que, puisque le cardinal avait, des plis de sa robe, secoué la guerre, il fallait la guerre.
Le cardinal les congédia en leur ordonnant de se tenir prêts pour le lendemain, ne retenant que Montmorency.
Puis, resté seul avec lui:
—Prince, lui dit-il, voulez-vous être connétable demain?
Les yeux de Montmorency lancèrent un double éclair.
—Monseigneur, dit-il, à la façon dont Votre Eminence me fait la proposition, j'ai peur qu'elle n'ait à me demander quelque chose d'impossible.
—Rien de plus facile, au contraire; la guerre est déclarée au duc de Savoie. Dans deux heures il en sera prévenu, étant au château de Rivoli. Prenez cinquante cavaliers bien montés, cernez le château, enlevez-le lui et son fils, et amenez-les ici. Une fois ici, nous en ferons ce que nous voudrons, et ils seront trop heureux de passer par nos fourches caudines.
—Monseigneur, dit Montmorency en s'inclinant, il y a huit jours que, dans ce même château de Rivoli, j'étais l'hôte du duc, ambassadeur envoyé par vous. Je ne pourrais y rentrer aujourd'hui traîtreusement et en ennemi.