—Tous les arrangements me conviendront, comte, pourvu que vous ne perdiez pas une minute pour sortir.

—Est-ce une disgrâce, monseigneur? demanda le comte.

—Où voyez-vous une disgrâce, mon cher comte, répondit le duc, dans l'ordre donné à un gouverneur de rejoindre son gouvernement? tout au contraire, c'est une preuve de confiance.

—Qui ne va pas jusqu'à me dire la cause de ce départ précipité.

—Un souverain n'a pas de comptes à rendre à ses sujets, dit Charles-Emmanuel, surtout lorsque ces sujets sont à son service: il n'a que des ordres à leur donner. Or, je vous donne l'ordre de vous rendre à l'instant même à Pignerol, et de défendre la ville et la citadelle, en supposant qu'elles soient attaquées, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus pierre sur pierre. Vous et madame pouvez demander tout ce dont vous aurez besoin et tout ce que vous demanderez vous sera remis à l'instant même.

—Dois-je aller prendre la comtesse au milieu du quadrille, ou attendre qu'il soit fini?

—Vous pouvez attendre qu'il soit fini.

—Soit, monseigneur, le quadrille fini, nous partirons.

—Bonne route, et surtout, à l'occasion, comte, belle défense.

Et le duc de Savoie s'éloigna sans écouter les quelques paroles de mauvaise humeur que murmura le comte Urbain.