Il n'avait pas été difficile pour Gaëtano de s'apercevoir que le comte était de mauvaise humeur, et comme la chose paraissait l'intéresser plus qu'on n'aurait pu le croire de la part d'un paysan qui n'a aucun motif de se mêler des affaires des grands seigneurs, Jacintha lui raconta le double sujet que le comte avait de se plaindre de son souverain. D'abord c'était cette cour assidue et insolente que le duc de Savoie avait faite à sa femme en présence du mari; ensuite, l'ordre inattendu que le comte avait reçu trois jours auparavant de se renfermer dans la citadelle et de la défendre jusqu'à ce qu'il ne restât plus pierre sur pierre! Le comte Urbain, au reste, ne s'était point caché de dire devant sa femme et devant Jacintha, que s'il trouvait, avec les mêmes avantages qu'en Piémont, du service soit en Espagne, soit en Autriche, soit en France, il ne se ferait pas faute d'accepter.

Gaëtano avait paru si content de cette nouvelle que, comme en ce moment il tourna un angle obscur du corridor, il avait été saisi d'une recrudescence de tendresse pour sa sœur, avait pris Jacintha dans ses bras et lui avait appliqué un gros baiser sur chaque joue.

La chambre de Jacintha s'ouvrait sur le corridor; elle y fit entrer son frère et y entra après lui et referma la porte.

Gaëtano poussa une exclamation de joie.

—Ah! s'écria-t-il, m'y voilà donc enfin, et maintenant, ma chère Jacintha, où est ta maîtresse?

—Tiens! Et moi qui croyais que c'était pour moi que vous étiez venu, dit en riant la jeune fille.

—Pour toi et pour elle, dit le comte, mais pour elle d'abord, j'ai des affaires politiques à régler avec ta maîtresse, et tu le sais, toi, qui est la camériste de la femme d'un homme d'Etat, les affaires avant tout.

—Et où réglerez-vous ces affaires importantes?

—Mais dans ta chambre, si cela ne te dérange pas trop.

—Devant moi!