—On le voit à votre teint, madame: vous êtes pâle et avez l'air fatigué.

—J'attendais le jour avec impatience pour venir vous parler.

—Ne pouviez-vous me faire éveiller, madame; la nouvelle était assez importante pour me la dire.

—Cette nouvelle, monsieur, éveillait dans mon esprit une foule de souvenirs et de doutes, tels que je désirais qu'avant de vous en parler, vous-même la connaissiez et ayiez réfléchi sur ses conséquences.

—Je ne vous comprends point, madame, et j'avoue que je ne vous ai jamais entendu parler d'affaires d'Etat ni de guerre...

—Oh! l'on méprise trop notre faible intelligence, c'est vrai, pour nous parler de ces choses-là.

—Et vous prétendez qu'on a tort, fit le comte en souriant.

—Sans doute, car parfois nous pourrions donner de bons conseils.

—Et si je vous demandais votre avis dans la circonstance où nous nous trouvons, par exemple, quel conseil me donneriez-vous?

—D'abord, monsieur, dit la comtesse, je commencerais par vous rappeler combien le duc de Savoie a été ingrat envers vous!