Le cardinal jeta les yeux sur le jeune officier. Il était bien tel que Latil l'avait dépeint.

De son côté, tout en saluant respectueusement le cardinal, le jeune officier que nous appellerons Mazarin; car, naturalisé en 1639, il enleva les dernières lettres de son nom, et ce fut sous celui de Mazarin que l'histoire l'a enregistré comme un des plus grands fourbes qui aient jamais administré le royaume,—de son côté, disons-nous, en saluant le cardinal, Mazarin fit de l'éminence un inventaire aussi complet qu'un homme d'un esprit rapide et investigateur peut le faire en un coup d'œil.

Nous avons déjà une fois, en amenant Sully et Richelieu en face l'un de l'autre, montré le passé et le présent. Le hasard fait qu'en amenant en face l'un de l'autre Richelieu et Mazarin, nous pouvons montrer cette fois le présent et l'avenir.

Cette fois seulement, nous ne pouvons plus intituler notre chapitre les deux Aigles; mais l'Aigle et le Renard.

Le renard entra donc avec son regard fin et oblique.

L'aigle le reçut avec son regard fixe et profond.

—Monseigneur, dit Mazarin, affectant un grand trouble, pardonnez à l'émotion que j'éprouve en me trouvant devant le premier génie politique du siècle, moi simple capitaine des armées pontificales, et surtout si jeune d'âge.

—En effet, monsieur, dit le cardinal, vous avez à peine vingt-six ans.

—Trente, monseigneur.

Le cardinal se mit à rire.