Le soir où avait été tenu au Luxembourg le conseil entre la reine-mère, Gaston d'Orléans et la reine Anne, celle-ci trouva chez elle Mme de Fargis arrivant d'Espagne, où, comme nous l'avons dit, elle était allée pour soutenir le moral politique de son époux que l'on craignait de voir défaillir.

La guerre décidée entre la France et le Piémont, il n'était plus besoin de ce renfort à Madrid, et Mme de Fargis, au grand contentement d'Anne d'Autriche, fut rappelée à Paris.

La reine poussa donc un cri de joie en l'apercevant, et, comme l'ambassadrice mettait un genou en terre pour lui baiser la main, elle la releva et la pressa contre son cœur en l'embrassant.

—Je vois, dit en souriant Mme de Fargis, que je n'ai rien perdu, pendant ma longue absence, des bonnes grâces de Votre Majesté.

—Au contraire, ma chère amie, dit la reine, votre absence m'a fait apprécier votre fidélité, et jamais je n'ai eu autant besoin de vous que ce soir.

—J'arrive bien alors, et j'espère prouver à ma souveraine que, de loin comme de près, je m'occupe d'elle; mais que se passe-t-il donc, voyons, qui rend ici nécessaire la présence de votre humble servante?

La reine lui raconta le départ du roi, l'arrivée de Gaston et l'espèce de pacte qui en avait été la suite.

—Et Votre Majesté se fie à son beau-frère? demanda Mme de Fargis.

—Pas le moins du monde; la promesse qu'il m'a faite n'a pour but que de me faire attendre en endormant mes craintes.

—Le roi est-il donc plus mal?