Mais les choses ne devaient point se passer si tranquillement. Le lendemain du jour où le roi avait quitté Paris, son frère Gaston, d'Orléans, franchissait en poste et à grand bruit la porte de la capitale et entrait brusquement vers neuf heures du soir, chez la reine mère, qui tenait son cercle.

Marie de Médicis se leva toute étonnée, et feignant la colère, congédia les dames et alla s'enfermer avec Gaston dans son cabinet, où, quelques instants après, la reine Anne entrait par une porte secrète.

Là fut refait le pacte, éternellement proposé par la reine Marie, d'un mariage entre Monsieur et la reine Anne, en cas de mort du roi. Ce mariage eût été pour Marie de Médicis une régence prolongée, et elle eût volontiers pardonné à Dieu de lui enlever son fils aîné s'il lui donnait cette compensation. Aussi, dans ce pacte, aveuglée par son intérêt, la reine Marie était-elle la seule à agir franchement parce qu'elle agissait dans ses intérêts.

Le duc d'Orléans avait ses engagements pris avec le duc de Lorraine, de la sœur duquel il était amoureux, et ne se souciait pas d'épouser la veuve de son frère, qui avait sept ans de plus que lui et le déplorable antécédent de Buckingham. La reine Anne, de son côté, détestait Monsieur, et, comme elle le détestait encore plus qu'elle ne le méprisait, elle ne se fiait pas à sa parole. Toutes promesses n'en furent pas moins échangées, et pour que l'on ne se doutât point de ce qui s'était passé dans ce cabinet, où d'ailleurs on ignorait la présence de la reine Anne, le bruit se répandit le lendemain que le duc d'Orléans n'était venu à Paris que pour signifier à sa mère la persistance de son amour pour la princesse de Mantoue et sa volonté bien arrêtée de profiter de l'absence de son frère pour l'épouser.

Ce bruit s'accrut encore de ce fait que, dès le lendemain de l'arrivée du duc, Marie de Médicis avait mandé près d'elle la jeune princesse et l'avait retenue au Louvre, où elle était à peu près prisonnière.

De son côté, Gaston faisait si grand bruit de cette opposition à ses plus vifs désirs, que tous les mécontents commencèrent à affluer chez lui, et qu'on lui donna à entendre que s'il voulait, en l'absence du roi, se déclarer ouvertement contre Richelieu, il trouverait bientôt un parti nombreux et puissant qui le soutiendrait non-seulement contre Richelieu, mais contre Louis XIII, dont la chute pourrait bien suivre celle de son ministre. Un fait d'une haute importance fit croire un instant que Gaston avait accepté les propositions qui lui avaient été faites. Le cardinal de La Valette, fils du duc d'Epernon, et le cardinal de Lyon, frère du duc de Richelieu, celui-là qui s'était si bravement conduit pendant la peste, étant venus ensemble faire une visite au duc d'Orléans, celui-ci fit mille politesses au cardinal de La Valette et laissa dans l'antichambre, sans vouloir le regarder ni lui dire un mot, le cardinal de Lyon.

Dès le lendemain de l'arrivée de Gaston à Paris, la reine-mère avait écrit à Louis XIII pour lui donner avis de ce retour, inattendu de tous, mais probablement attendu d'elle; de l'entrevue et des conventions faites entre sa belle-fille et son fils, elle ne dit pas un mot, bien entendu; mais elle appuya longuement sur l'amour de Gaston pour Marie de Gonzague.

Louis, qui était déjà à Troyes, annonça, au reçu de la lettre de Marie de Médicis, qu'il revenait à Paris; mais à Fontainebleau, un courrier lui apprit que Gaston, à la nouvelle de son retour, était immédiatement parti pour sa maison de Limours.

Trois jours après, la nouvelle arriva que le roi, au lieu de continuer son voyage, ferait ses pâques à Fontainebleau.

Qui avait pu déterminer chez le roi cette nouvelle résolution? Nous allons le dire.