—Et maintenant, dit-il, que vous savez n'avoir plus affaire à un croquant, êtes-vous disposé, mon cher monsieur, à aider un cavalier généreux à se débarrasser d'un rival qui l'importune?

—On vient souvent me faire de pareilles offres, et rarement je les refuse. Mais, avant d'aller plus loin, il me semble qu'il serait bon de vous faire connaître mes prix.

—Je les connais: deux pistoles pour servir de second dans un duel ordinaire, vingt-cinq pistoles pour appeler directement, sous un prétexte quelconque, quand la partie intéressée ne se bat pas, et cent pistoles pour chercher une querelle, qui amène une rencontre immédiate, avec une personne désignée, laquelle doit mourir sur place.

—Mourir sur place—répéta le spadassin.—Si elle ne meurt pas, je rends l'argent, nonobstant les blessures faites ou reçues.

—Je sais cela, et que, non seulement vous êtes une fine lame, mais encore un homme d'honneur.

Etienne Latil s'inclina légèrement, et comme si l'on ne faisait que lui rendre justice. En effet, il était homme d'honneur à sa façon.

—Ainsi, continua l'inconnu, je puis compter sur vous?

—Attendez! n'allons pas si vite en besogne. Puisque vous êtes Italien, vous devez connaître le proverbe: Che va piano va sano. Allons doucement pour aller sûrement. Avant tout, il faut connaître la nature de l'affaire, l'homme dont il s'agit et à laquelle des trois catégories appartient le traité que nous allons passer, lequel, je vous en préviens, se fait toujours au comptant. Je suis trop vieux routier, vous comprenez bien, pour agir à la légère.

—Voilà les cent pistoles toutes comptées dans cette bourse, vous pouvez vous assurer que la somme y est.

Et l'inconnu jeta une bourse sur la table.