—Oui; mais avoir Castor, qui a deux bons yeux et seize bonnes dents, et qui, si vous y touchez seulement du bout du doigt, vous sautera à la gorge.
—Moi, donner une boulette à Castor.
—Faites mieux: prenez un invalide boiteux. Comme vous avez à peu près tout vu, vous mettrez la statuette dans votre poche et nous nous sauverons. Il criera; mais nous aurons des jambes, et il n'en aura pas.
—Oh! s'écria l'Anglais, encore plus émerveillé du troisième conseil que du second, moi bien vouloir le invalide boiteux; voilà trois piastres pour toi avoir trouvé le invalide boiteux.
Et pour ne point donner de soupçons à l'invalide aveugle et surtout à Castor, l'Anglais sortit et fit semblant de regarder une fontaine en coquillages d'un rococo mirobolant, tandis que le lazzarone était allé chercher le nouveau guide.
Un quart d'heure après il revint accompagné d'un invalide qui avait deux jambes de bois; il savait que l'Anglais ne marchanderait pas, et il ramenait ce qu'il avait trouvé de mieux dans ce genre.
On donna trois carlins à l'invalide aveugle, deux pour lui, un pour
Castor, et on les renvoya tous les deux.
Il ne restait à voir que les théâtres, le Forum nundiarium et le temple d'Isis; l'Anglais et le lazzarone visitèrent ces trois antiquités avec la vénération convenable; puis l'Anglais, du ton le plus dégagé qu'il put prendre, demanda à voir encore une fois le produit des fouilles de la maison qu'on venait de découvrir; l'invalide, sans défiance aucune, ramena l'Anglais au petit musée.
Tous trois entrèrent dans la chambre où les curiosités étaient étalées sur des planches clouées contre la muraille.
Tandis que l'Anglais allait, tournait, virait, revenant sans avoir l'air d'y toucher, à sa statuette, le lazzarone s'amusait à tendre, à la hauteur de deux pieds, une corde devant la porte. Quand la corde fut bien assurée il fit signe à l'Anglais, l'Anglais mit la statuette dans sa poche, et, pendant que l'invalide ébahi le regardait faire, il sauta par dessus la corde, et, précédé par le lazzarone, il se sauva à toutes jambes par la porte de Stabie, se trouva sur la route de Salerne, rencontra un corricolo qui retournait à Naples, sauta dedans et rejoignit sa calèche, qui l'attendait à la via del Sepolcri. Deux heures après avoir quitté Pompéia il était à Torre del Greco, et une heure après avoir quitté Torre del Greco il était à Naples.