Quant aux huit qui n'avaient pas voulu venir à Foggia et aux deux qui s'étaient échappés, ils furent chassés comme des bêtes fauves, traqués de caverne en caverne. Les uns furent tués ou débusqués comme des chevreuils, les autres furent livrés par leurs hôtes, les autres enfin se rendirent eux-mêmes; si bien qu'au bout d'un an tous les Vardarelli étaient morts ou prisonniers.

Il n'y eut que la femme qui s'était sauvée un pistolet de chaque main qui disparut, sans qu'on la revît jamais ni morte ni vivante.

Lorsque le roi apprit cet événement, il entra dans une grande colère; c'était la seconde fois qu'on violait sans l'en prévenir un traité, non pas signé par lui, mais fait en son nom. Or, il savait que l'inexorable histoire enregistre presque toujours les faits sans se donner la peine d'en rechercher les causes, et que, tout au contraire de ce qui se passe dans notre monde, où ce sont les ministres qui sont responsables des fautes du roi, c'est le roi qui, dans l'autre, est responsable des fautes de ses ministres.

Mais on lui répéta tant, et de tant de côtés, que c'était une action louable que d'avoir exterminé celle méchante race des Vardarelli, qu'il finit par pardonner à ceux qui avaient ainsi abusé de son nom.

Il est vrai que quelque temps après arriva la révolution de 1820, qui amena avec elle bien d'autres préoccupations que celle de savoir si on avait plus ou moins exactement tenu un traité fait avec des bandits. Pour la troisième fois il rentra au bout de deux ans d'absence, au milieu des cris de joie de son peuple, qui le chassait sans cesse et qui ne pouvait vivre sans lui.

Malheureusement pour les Napolitains, cette troisième restauration fut de courte durée. Le soir du 3 janvier 1825, le roi se coucha après avoir fait sa partie de jeu et avoir dit ses prières accoutumées. Le lendemain, comme à dix heures du matin il n'avait pas encore sonné, on entra dans sa chambre, et on le trouva mort.

A l'ouverture de son testament, dans lequel il recommandait à son fils François de continuer les aumônes qu'il avait l'habitude de faire, ou trouva que ces aumônes montaient par an à 24,000 ducats.

Il avait vécu soixante-seize ans, il en avait régné soixante-cinq; il avait vu passer sous son long règne trois générations d'hommes, et, malgré trois révolutions et trois restaurations, il mourait le roi le plus populaire que Naples ait jamais eu.

Aussi le peuple chercha-t-il à la mort imprévue de son roi bien-aimé une cause surnaturelle. Or, pour des hommes d'imagination comme sont les Napolitains, rien n'est difficile à trouver. Voilà ce que l'on découvrit.

Le roi Ferdinand, comme on a pu le voir, n'était pas exempt de certains préjugés. Depuis quinze ans il était persécuté par le chanoine Ojori, qui le tourmentait pour obtenir une audience de lui et lui présenter je ne sais quel livre dont il était l'auteur. Ferdinand avait toujours refusé, et, malgré les instances du postulant, avait constamment tenu bon. Enfin le 2 janvier 1825, vaincu par les prières de tous ceux qui l'entouraient, il accorda pour le lendemain cette audience si long-temps reculée. Le matin, le roi eut quelque velléité de partir pour Caserte et de rejeter sur une chasse, excuse qui lui paraissait toujours valable, l'impolitesse qu'il avait si grande envie de faire au bon chanoine; mais on l'en dissuada: il resta donc à Naples, reçut don Ojori, lequel demeura deux heures avec lui et le quitta en lui laissant son livre.