Mais, à la première passe et contre toute attente, le prince Hercule fut enfilé de part en part, et tomba sans même jeter un cri.

Le médecin accourut: le prince était mort; l'épée de son adversaire lui avait traversé le coeur.

Le jeune prince voulut continuer le combat; il arracha l'épée des mains de son frère et somma son meurtrier de croiser le fer à son tour avec lui; mais le docteur et le second témoin se jetèrent entre eux, déclarant qu'ils ne permettraient pas une pareille infraction aux lois du duel, si bien que force fut au principino de se rendre à leurs raisons, quelque envie qu'il eût de venger son frère.

On le ramena chez lui désespéré, quoique ce fatal événement doublât sa fortune.

Le vieux prince, qui vivait fort retiré dans son château de la Capitanate, apprit la mort de son fils aîné le lendemain du jour où il avait expiré. Comme il l'avait toujours fort aimé et que cette nouvelle lui avait été annoncée sans précaution aucune, elle le frappa d'un coup aussi douloureux qu'inattendu. Le même jour il se mit au lit; le surlendemain il était mort.

Le principino se trouva donc le chef de la famille, et maître, à vingt-un ans, d'une fortune de huit millions.

XVIII

Le Combat.

La douleur du prince fut grande; aussi résolut-il de voyager pour se distraire.

Il y avait justement dans le port une frégate française qui s'apprêtait à faire voile pour Toulon; le prince demanda une recommandation pour le capitaine et obtint le passage.