—Eh bien! capitaine, dit-il, nous avons donc de meilleures jambes qu'eux?
—Oui, oui, dit le capitaine; et, si ce vent-là dure, nous les aurons bientôt laissés à une telle distance que nous ne les entendrons plus même aboyer.
—Oh! il durera, dit le prince, en fixant ses gros yeux vers le point de l'horizon d'où venait la brise.
—Ohé! capitaine, cria le matelot en vigie.
—Eh bien?
—Le vent saute de l'est au nord.
—Mille tonnerres! s'écria le capitaine, nous sommes flambés!
En effet, une bouffée de mistral, passant aussitôt à travers les agrès, confirma ce que venait de dire le matelot. Cependant ce ne pouvait être qu'une saute de vent accidentelle. Le capitaine attendit donc quelques minutes encore avant de prendre un parti; mais, au bout d'un instant, il n'y avait plus de doute, le vent était fixé au nord.
Cette impulsion nouvelle fut éprouvée à la fois par les trois bâtimens; le vaisseau à trois ponts en profita pour prendre l'avance et couper à la frégate française la roule de la Corse. Quant à la frégate anglaise, elle se mit à courir des bordées afin de ne pas s'éloigner, ne pouvant plus se rapprocher directement.
Le capitaine était homme de tête; il prit à l'instant même une résolution décisive et hardie: c'était de marcher droit sur le plus faible des deux bâtimens, de l'attaquer corps à corps et de le prendre à l'abordage avant que le vaisseau de ligne eût pu venir à son secours.