Pendant trois mois, Naples fut aussi pleine de division qu'elle l'avait été aux époques des plus grandes discordes civiles. C'étaient, à propos du comte et de la comtesse de F***, d'éternelles discussions entre les maris et les femmes; les maris soutenaient à leurs femmes que non seulement le comte de F*** était impuissant, mais encore qu'il l'avait toujours été; les femmes répondaient à leurs maris qu'ils étaient des imbéciles, et qu'ils ne savaient ce qu'ils disaient.
Enfin la comtesse comparut devant un tribunal de docteurs et de sages-femmes. Les sages-femmes et les docteurs déclarèrent à l'unanimité qu'il était fort malheureux qu'Elena, comme Jeanne d'Arc, ne fût pas née dans les marches de Lorraine, attendu que, comme l'héroïne de Vaucouleurs, elle avait, en cas d'invasion tout ce qu'il fallait pour chasser les Anglais de France.
Les maris triomphèrent, mais les femmes ne se rendirent point pour si peu: elles prétendirent que les sages-femmes ne savaient pas leur métier, et que les médecins ne s'y connaissaient pas.
Les querelles conjugales s'envenimèrent ainsi, et une partie de ces dames, n'ayant pas le bonheur de pouvoir demander le divorce pour cause d'impuissance, demandèrent la séparation de corps pour incompatibilité d'humeur.
Le comte de F*** demanda le congrès: c'était son droit. Le congrès fut donc ordonné: c'était sa dernière espérance.
Nous sommes trop chaste pour entrer dans les détails de cette singulière coutume, fort usitée au moyen-âge, mais fort tombée en désuétude au dix-neuvième siècle. Au reste, si nos lecteurs avaient quelque curiosité à ce sujet, nous les renverrions à Tallemant des Beaux, Historiette de M. de Langeais. Contentons-nous de dire que, contre toute croyance, le résultat tourna à la plus grande honte du pauvre comte de F***.
Les maris napolitains se prirent par la main et dansèrent en rond, ni plus ni moins qu'on assure que le firent depuis au foyer du Théâtre-Français MM. les romantiques autour du buste de Racine; ce qui ne me parut jamais bien prouvé, attendu que le buste de Racine est appuyé contre le mur.
On crut les femmes anéanties; mais comme on le sait, lorsque les femmes ont une chose dans la tête, il est assez difficile de la leur ôter. Ces dames répondirent qu'elles demeureraient dans leur première opinion sur l'excellent caractère du comte jusqu'à preuve directe du contraire.
Mais, comme le tribunal de la Rota n'est pas composé de femmes, le tribunal décida que le mariage, n'ayant point été consommé, était comme nul et non avenu.
Moyennant lequel jugement les deux époux rentrèrent dans la liberté de se tourner le dos et de contracter, si bon leur semble, chacun de son côté, un nouvel hyménée.