Aussi la police décida-t-elle un beau matin qu'on éclairerait les trois principales rues de Naples: Chiaja, Toledo et Forcella.

Ce n'était peut-être pas ces trois rues qu'il était urgent d'éclairer, attendu que ces trois rues étaient justement celles qui pouvaient le mieux se passer d'éclairage; mais on n'arrive pas du premier coup à la perfection, et quelque tendance naturelle qu'ait la police à être infaillible, elle est, comme toutes les autres choses de ce monde, soumise au tâtonnement du progrès.

Une cinquantaine de réverbères furent donc éparpillés dans les trois rues susdites, et allumés un beau soir, sans qu'on eût demandé aux lazzaroni si cela leur convenait.

Le lendemain, il n'en restait pas un seul; les lazzaroni les avaient cassés depuis le premier jusqu'au dernier.

On renouvela l'expérience trois fois. Trois fois elle amena les mêmes résultats.

La police en fut pour ses cent cinquante réverbères.

On fit venir padre Rocco, et on lui expliqua l'embarras dans lequel se trouvait le gouvernement.

Padre Rocco se chargea de faire entendre raison aux récalcitrans, pourvu qu'on lui permît d'opérer sur eux à sa manière.

Le gouvernement, enchanté d'être débarrassé de ce soin, donna carte blanche à padre Rocco, lequel se mit incontinent à l'oeuvre.

Padre Rocco avait compris que c'étaient les rues étroites et tortueuses qu'il fallait éclairer d'abord; et il avait avisé comme un centre la rue Saint-Joseph, qui donne d'un côté dans la rue de Tolède, et de l'autre sur la place de Santa-Medina. Il fit donc peindre sur un beau mur blanc qui se trouvait au milieu de la rue à peu près un magnifique saint Joseph.