Les lazzaroni suivirent les progrès de la peinture sur la muraille avec un plaisir visible. Nous avons oublié de dire que le lazzarone est artiste.

Quand la fresque fut achevée, padre Rocco alluma un cierge devant la fresque; il était dévot à saint Joseph, il brûlait un cierge en l'honneur du saint: il n'y avait rien à dire. D'ailleurs, le cierge jetait une fort médiocre clarté. A dix pas du cierge, on pouvait voler, tuer, assassiner; il fallait des yeux de lynx pour distinguer le voleur du volé, l'assassin de la victime, le meurtrissant du meurtri.

Le lendemain, padre Rocco alluma un second cierge; sa dévotion s'accroissait; il n'y avait rien à dire. Seulement deux cierges produisirent le double de la lumière que produisait un seul; les lazzaroni commencèrent à remarquer qu'il faisait un peu bien clair dans la rue Saint-Joseph.

Le surlendemain, padre Rocco alluma un troisième cierge. Cette fois, les lazzaroni se plaignirent, tout haut. Padre Rocco ne tint aucun compte de leurs plaintes; et comme sa dévotion à saint Joseph allait toujours croissant, le quatrième jour il alluma un réverbère.

Cette fois, il n'y avait pas à se tromper aux intentions de padre Rocco; il faisait, à minuit, clair dans la rue Saint-Joseph comme en plein jour.

Les lazzaroni cassèrent le réverbère de padre Rocco, comme ils avaient cassé les réverbères du gouvernement.

Padro Rocco annonça qu'il prêcherait le dimanche suivant sur la puissance de saint Joseph.

C'était une grande affaire qu'un sermon de padre Rocco.

Padre Rocco prêchait rarement, et toujours dans des circonstances suprêmes; ce n'était pas un faiseur de phrases, c'était un diseur de faits.

Or, comme les faits racontés par padre Rocco étaient toujours à la hauteur de l'intelligence de son auditoire, les sermons de padre Rocco produisaient habituellement une profonde impression sur ses ouailles.