Aussi, dès que le bruit se répandit que padre Rocco prêcherait, tous les lazzaroni se répétèrent-ils les uns aux autres cette importante nouvelle, de sorte qu'à l'heure indiquée pour le sermon, non seulement l'église Saint-Joseph était pleine, mais encore il y avait une queue qui bifurquait sur les marches de l'église, et qui remontait d'un côté jusqu'au Mercatello, et descendait de l'autre jusqu'à la place du Palais-Royal.

Les derniers, comme on le comprend bien, ne pouvaient rien entendre, mais ils comptaient sur l'obligeance de ceux qui entendraient pour leur répéter ce qu'ils auraient entendu.

Padre Rocco monta on chaire: il ouvrit la bouche, on fit silence.

—Mes enfans, dit-il, il est bon de vous apprendre que c'est moi qui ai fait peindre le saint Joseph que vous avez pu admirer dans la rue qui porte le nom de ce grand saint.

—Nous le savons, nous le savons, dirent en choeur les lazzaroni.

Padre Rocco, au contraire d'une foule de prédicateurs qui posent d'avance la condition qu'on ne les interrompra point, padre Rocco, dis-je, provoquait ordinairement le dialogue.

—Mes enfans, continua-t-il, il est bon de vous apprendre que c'est moi qui ai mis un cierge devant saint Joseph.

—Nous le savons, reprirent les lazzaroni.

—Que c'est moi qui ai mis deux cierges devant saint Joseph.

—Nous le savons encore.