Salvator Rosa écoutait son ami avec étonnement.

—Comment! dit-il, ce que l'on m'a dit ne serait-il pas vrai?

—Et que t'a-t-on dit, mon Salvator? reprit tristement Masaniello.
Salvator se tut.

—On t'a dit que j'étais fou, n'est-ce pas? continua Masaniello.
Salvator fit un signe de la tête.

—Oui, oui, les misérables! Oh! je les reconnais bien là! Non,
Salvator, non, je ne suis pas fou, je suis empoisonné, voilà tout.

Salvator jeta un cri de surprise.

—C'est ma faute, dit Masaniello. Pourquoi ai-je mis le pied dans leurs palais! Est-ce la place d'un pauvre pêcheur comme moi? Pourquoi ai-je accepté leur repas! L'orgueil, Salvator, le démon de l'orgueil m'a tenté, et j'ai été puni.

—Comment! s'écria Salvator, tu crois qu'ils auraient eu l'infamie…

—Ils m'ont empoisonné, reprit Masaniello d'une vois plus forte encore; ils m'ont empoisonné deux fois: lui et elle; lui dans un verre d'eau, elle dans un bouquet. C'est bien la peine de se dire noble, de s'appeler duc et duchesse pour empoisonner un pauvre pêcheur plein de confiance qui croit que ce qui est juré est juré, et qui se livre sans défiance!

—Non, non, dit Salvator, tu te trompes, Masaniello: c'est ce soleil ardent, ce sont ces travaux assidus, c'est cette vie intellectuelle qui dévorent ceux-là mêmes qui y sont habitués, qui auront momentanément fatigué ton esprit et égaré ta raison.