—Sur quoi?
—Sur cet Évangile et sur ce Christ.
—C'est bien. Écoutez alors, madame, car c'est tout une histoire.
—J'écoute.
—Notre famille habite une petite maison isolée, à une demi-lieue du village de Rosarno, situé entre Cosenza et Sainte-Euphémie; elle se compose de deux vieillards: mon père et ma mère; de deux jeunes gens: ma soeur et moi. Ma soeur s'appelle Costanza.
Tout autour de nous s'étendent les domaines d'un puissant seigneur, sur les terres duquel le hasard nous fit naître, et dont, par conséquent, nous sommes les vassaux.
—Comment s'appelle ce seigneur? interrompit la régente.
—Je vous dirai son crime d'abord, son nom après.
—C'est bien; continuez.
—C'était un magnifique seigneur que notre jeune maître, beau, noble, riche, généreux, et cependant avec tout cela haï et redouté; car, en le voyant paraître, il n'y avait pas un mari qui ne tremblât pour sa femme, pas un père qui ne tremblât pour sa fille, pas un frère qui ne tremblât pour sa soeur. Mais il faut dire aussi que tout ce qu'il faisait de mal lui venait d'un mauvais génie qui lui soufflait l'enfer aux oreilles. Ce mauvais génie était son frère naturel, on le nommait Raymond-le-Bâtard.