A la vue de notre père, Costanza bondit comme un daim effrayé, et le jeune homme, de son côté, s'enfonça dans la forêt. Le premier mouvement de mon père fut d'abaisser son arquebuse et de le mettre en joue, mais Costanza se jeta entre le canon de l'arme et Carracciolo. Notre père releva son arquebuse, mais il avait reconnu le jeune comte.
—Et c'était bien Antoniello Carracciolo? murmura la régente.
—C'était lui-même, dit l'inconnu.
Le même soir, notre père ordonna à sa femme et à sa fille de se tenir prêtes à partir dans la nuit: toutes deux devaient quitter notre maison et chercher un asile chez une tante que nous avions à Monteleone. Au moment de partir, mon père prit Costanza à part, et lui dit:
—Si tu le revois, je le tuerai.
Costanza tomba aux genoux de mon père, promettant de ne pas le revoir; puis, les mains jointes et les yeux pleins de larmes, elle lui demanda son pardon. Costanza partit avec sa mère, et, lorsque le jour parut, toutes deux étaient déjà hors des terres du comte Antoniello.
La régente respira.
Le lendemain, mon père alla trouver le comte. Je ne sais ce qui se passa entre eux; mais ce que je sais, c'est que le comte lui jura sur son honneur qu'il n'avait rien à craindre dans l'avenir pour la vertu de Costanza.
Le lendemain de cette entrevue, le comte, de son côté, partit pour
Naples.
—Oui, oui, je me rappelle son retour, murmura la régente. Après? après?