—A l'autre bout de la Calabre, madame, à Tarente, à Brindisi, que sais-je. J'étais trop loin pour rien savoir de ce qui se passait. Voilà tout.

Ma mère sortit donc désespérée et voulut entraîner sa fille, mais
Costanza l'arrêta:

—A mon tour, ma mère, dit-elle, à mon tour d'essayer de fléchir notre maître. Peut-être serai-je plus heureuse que vous.

Ma mère secoua la tête et tomba sur une chaise, elle n'espérait rien.
Ma soeur entra à son tour.

—Elle savait que cet homme l'aimait, s'écria la régente, et elle entrait chez cet homme!…

—Mon père allait mourir, madame, comprenez-vous? Isabelle d'Aragon grinça des dents, puis, au bout d'un instant:

—Continuez, continuez… dit-elle.

Dix minutes s'écoulèrent dans une mortelle anxiété, enfin un serviteur sortit un papier à la main.

—Monseigneur le comte fait grâce pleine et entière au coupable, dit-il, voici le parchemin revêtu de son sceau.

Ma mère jeta un cri de joie si profond, qu'il ressemblait à un cri de désespoir.