—Oh! merci, merci, dit-elle, et, baisant la signature du comte, elle se précipita vers la porte. Puis, s'arrêtant tout à coup:

—Et ma fille? dit-elle.

—Courez à la prison, dit le serviteur, vous trouverez votre fille en rentrant chez vous.

Ma mère s'élança, égarée de joie, ivre de bonheur; elle traversa les rues de Rosarno en criant: «Sa grâce! sa grâce! j'ai sa grâce!…» Elle arriva à la porte de la prison, où déjà elle s'était présentée deux fois sans pouvoir entrer. On voulut la repousser une troisième fois, mais elle montra le papier, et la porte s'ouvrit.

On la conduisit au cachot de mon père.

Mon père n'attendait plus que le bourreau; c'était la vie qui entrait à la place de la mort.

Il y eut au fond de cet asile de douleur un instant d'indicible joie.

Puis il demanda des détails: comment ma mère et ma soeur avaient appris l'accusation qui pesait sur lui, comment elles étaient parvenues au comte; comment, enfin, toutes choses s'étaient passées.

Ma mère commença le récit, mon père l'écouta, l'interrompant à chaque instant par ses exclamations; peu à peu il ne dit plus que quelques paroles et d'une voix tremblante, bientôt il se tut tout à fait, puis sa tête tomba dans ses deux mains, puis la sueur de l'angoisse lui monta au visage, puis la rougeur de la honte lui brûla le front; enfin, quand ma mère lui eut dit que, repoussée par le comte, elle avait permis à ma soeur de prendre sa place, il bondit en poussant un rugissement comme un lion blessé, et s'élança contre la porte, la porte était fermée.

Il prit la pierre qui lui servait d'oreiller, et la lança de toutes ses forces contre la barrière de fer qu'il croyait avoir le droit de se faire ouvrir.