C'est que c'était une très grande affaire que de prendre un bain sous le règne des douze Césars.
Chez nous, on se blottit dans une baignoire plus ou moins courte.
Heureux ceux qui ont de petites jambes ou de grandes baignoires!
Puis, après une demi-heure passée à se tourner et à se retourner pour éviter les crampes, on sonne, on s'essuie avec du linge froid ou brûlant, on se rhabille et l'on sort.
Chez les Romains, c'était tout autre chose. Voyez plutôt les bains de l'affranchi Arrius Diomède.
Il y avait d'abord une première chambre. Dans cette première chambre, on trouva un bassin pour le bain froid. Ce bassin était entouré d'un joli petit portique avec des colonnes octogones, au fond duquel était un fourneau; sur ce fourneau étaient un chaudron et une poêle à deux anses encore noircis par la fumée, un gril de fer, plusieurs pots de terre et une casserole.
Il paraît que, comme nous, les Romains se faisaient quelquefois servir à déjeûner dans leurs bains froids.
Il y avait ensuite une seconde chambre: c'était celle où ceux qui voulaient prendre les bains chauds se déshabillaient; on l'appelait apodyterium. Puis il y avait une troisième chambre: c'était celle où étaient à la fois le bain chaud et la fournaise. La fournaise était une construction de brique pareille à un poêle; seulement sa forme était longue au lieu d'être élevée. Trois vases de cuivre contenaient de l'eau portée à des degrés différens: l'eau froide, l'eau tiède et l'eau chaude. Des tuyaux de plomb, qui servaient de conducteurs à cette eau, s'ouvraient par des robinets à peu près pareils aux nôtres, et permettaient au baigneur de hausser ou diminuer la température de son bain.
Alors on quittait le rez-de-chaussée et l'on montait au premier étage. Là, exactement au dessus de l'autre, se trouvait une petite chambre que l'on appelait l'étuve. On y pénétrait après avoir traversé une autre chambre, où l'on déposait les vêtemens dont on s'était couvert pour monter du rez-de-chaussée au premier étage. De cette première chambre, on traversait le tepidarium, où l'on ne s'arrêtait qu'au retour, et l'on entrait dans l'étuve. C'est dans cette étuve, située, comme nous l'avons dit, au dessus de la fournaise, qu'on prenait le bain de vapeur.
Une fenêtre s'ouvrant sur la petite cour servait à donner de l'air au baigneur quand il était sur le point d'étouffer. Une lampe était posée dans une niche qui donnait à la fois dans l'étuve et dans le tepidarium, et qui, lorsqu'on voulait prendre des bains le soir, éclairait les deux appartemens.
Aujourd'hui que les bains russes sont à la mode, il est inutile de décrire cette douleur graduée dont les anciens s'étaient fait une jouissance. Lorsqu'ils avaient passé dans l'étuve le temps qu'ils voulaient consacrer à fondre, ils repassaient dans le tepidarium. Là, un esclave attendait le baigneur; il tenait d'une main une fiole et de l'autre un frottoir. Le frottoir était composé de petites lames d'ivoire, d'argent ou d'or, pareilles, moins les dents, à celles d'une étrille, et s'appelait strigilis. La petite fiole contenait une huile parfumée et se nommait guttum. D'abord, l'esclave grattait le baigneur avec le strigilis, puis il inclinait au dessus de sa tête et de ses épaules le guttum, en laissait tomber quelques gouttes d'huile odorante qu'il lui étendait par tout le corps avec la main. Le tepidarium, comme l'étuve, avait une fenêtre; mais cette fenêtre l'emporte fort en célébrité sur la fenêtre sa voisine. Cela tient à ce que, dans ses châssis de bois réduits en cendre, on retrouva quatre carreaux de vitre.