A Chiaja, je quittai Jadin; il s'achemina du côté de l'hôtel, et moi j'allai droit à l'ambassade française.

A cette époque, nous avions pour chargé d'affaires à Naples un noble et excellent jeune homme ayant nom le comte de Béarn. En arrivant, il y avait quatre mois, j'avais été lui faire ma visite, et je lui avais tout raconté. Il m'avait écouté gravement et avec une légère teinte de mécontentement; mais presque aussitôt ce nuage passager s'était effacé, et me tendant la main:

—Vous avez eu tort, me dit-il, d'agir ainsi à votre façon, et vous pouvez cruellement nous compromettre. Si la chose était à faire, je vous dirais: Ne la faites point; mais elle est faite, soyez tranquille, nous ne vous laisserons pas dans l'embarras.

J'étais peu habitué à ces façons de faire de nos ambassadeurs; aussi j'avais gardé au comte de Béarn une grande reconnaissance de sa réception, tout en me promettant, le moment venu, d'avoir recours à lui.

Or, je pensai que le moment était venu, et j'allai le trouver.

—Eh bien! me demanda-t-il, avons-nous quelque chose de nouveau?

—Non, pas pour le moment, répondis-je, mais cela pourrait bien ne pas tarder.

—Qu'est-il donc arrivé?

Je lui dis la rencontre que je venais de faire, et je lui racontai le court dialogue qui en avait été la suite.

—Eh bien! me dit-il, vous avez eu tort cette fois-ci comme l'autre: il fallait faire semblant de ne pas le voir, et, si vous ne pouviez pas faire autrement que de le voir, il fallait au moins faire semblant de ne pas le reconnaître.