—Que voulez-vous, mon cher comte, lui répondis-je, je suis l'homme du premier mouvement.
—Vous savez cependant ce qu'a dit un de nos plus illustre diplomates?
—Celui dont vous parlez a dit tant de choses, que je ne puis savoir tout ce qu'il a dit.
—Il a dit qu'il fallait se défier du premier mouvement, attendu qu'il était toujours bon.
—C'est une maxime à l'usage des têtes couronnées, et il y aurait par conséquent de l'impertinence à moi de la suivre. Je ne suis heureusement ni roi ni empereur.
—Vous êtes mieux que cela, mon cher poète.
—Oui, mais en attendant nous ne sommes pas au temps du bon roi Robert; et je doute que, si son successeur Ferdinand daigne s'occuper de moi, ce soit pour me couronner comme Pétrarque avec le laurier de Virgile. D'ailleurs, vous le savez bien, Virgile n'a plus de laurier, et celui qu'a repiqué sur sa tombe mon illustre confrère et ami Casimir Delavigne lui a fait la mauvaise plaisanterie de ne pas reprendre de bouture.
—Bref, que désirez-vous?
—Je désire savoir si vous êtes toujours dans les mêmes dispositions à mon égard.
—Lesquelles?