—Oh! mon Dieu, presque rien. Celle-ci, c'est une lettre du ministre de l'instruction publique, qui me charge d'une mission littéraire en Italie, et particulièrement dans le royaume des Deux-Siciles: il désire savoir quels sont les progrès que l'instruction a faits depuis les vice-rois jusqu'à nos jours. Celle-ci, c'est une lettre du ministre des affaires étrangères, qui me recommande particulièrement à nos ambassadeurs, et qui les prie de me donner en toute circonstance, voyez: en toute circonstance est même souligné;—de me donner, dis-je, en toute circonstance, aide et protection. Quant à cette troisième, n'y touchez pas, monsieur, et permettez-moi de vous la montrer à distance. Quant à cette troisième, voyez, elle est signée: «Marie-Amélie,» c'est-à-dire d'un des plus nobles et des plus saints noms qui existent sur la terre. C'est de la tante de votre roi. J'aurais pu m'en servir, mais je ne l'ai pas fait, il aurait fallu la remettre à la personne à qui elle était adressée; et quand on a un autographe comme celui-là, lequel, comme vous pouvez le voir, ne dit pas trop de mal du porteur, on le garde, au risque que quelque valet de police vous menace de vous envoyer en prison.

—Mais, me dit le monsieur un peu abasourdi, qui me dira que ces lettres sont bien des personnes dont elles portent les signatures?

Je me retournai vers la porte qui s'ouvrait en ce moment, et j'aperçus le comte de Béarn.

—Qui vous le dira? Pardieu, repris-je, monsieur l'ambassadeur de France, qui se dérange tout exprès pour cela. N'est-ce pas, mon cher comte, continuai-je, que vous direz à monsieur que ces lettres ne sont pas de fausses lettres?

—Non seulement je le lui dirai, mais encore je demanderai en vertu de quel ordre on vous arrête, et il me sera fait raison de l'insulte que vous avez reçue. Je réclame monsieur, ajouta le comte de Béarn en étendant la main vers moi, d'abord comme sujet du roi de France, et ensuite comme envoyé du ministère. Si monsieur a commis quelque infraction aux lois de la police et de la santé[1], j'en répondrai à plus haut que vous. Venez, mon cher Dumas, je suis désolé qu'on vous ait réveillé si matin, et j'espère que c'est par un malentendu.

[1] On était alors dans le plus fort du choléra, et je n'avais pas fait à Rome la quarantaine de vingt-cinq jours obligée.

Et à ces mots, nous sortîmes de la police bras dessus bras dessous, laissant le monsieur en noir dans un état de stupéfaction des plus difficiles à décrire.

Jadin nous attendait à la porte.

—Ah ça! maintenant, me dit le comte de Béarn, maintenant que nous sommes entre nous, il ne s'agit plus de faire les fanfarons; je vous ai tiré de là avec les honneurs de la guerre, mais je vais avoir sur les bras tout le ministère de la police. Il s'agit pour vous de songer au départ.

—Diable!