—Bonjour, flâneur, répondit le personnage aérien sans interrompre sa besogne.
—C'est mon frère le vigneron, dit mon guide avec un sentiment de fierté, et il reprit sa course.
Un peu plus loin, il s'arrêta de nouveau aux bords d'une petite rivière qui coupait en deux le chemin. Un jeune homme très brun et très robuste se tenait assis sur la berge, les jambes nues et pendantes, les bras tendus, le corps avancé; d'une main il jetait de la chaux vive pour troubler le courant, de l'autre il battait les eaux avec une perche. Il était impossible de passer devant cet homme sans l'admirer. C'était une de ces natures riches et puissantes que Michel-Ange eût souhaitées pour modèle.
—Bonjour, André, fit le futur artiste en lui tapant sur l'épaule, combien de truites aurons-nous ce soir?
—Bonjour, gourmand, répondit l'homme à la perche.
—Ne faites pas attention, monsieur, c'est mon frère le pêcheur.
Enfin, nous étions presque à la porte d'une petite maison blanche et coquette, qu'il m'avait indiquée de loin comme le but de notre promenade artistique, lorsque nous rencontrâmes un troisième paysan, plus remarquable par sa taille et sa bonne mine que les deux autres, quoique, à vrai dire, son costume ne fût pas moins négligé que celui de ses frères. Le seul luxe qu'il se permît, c'était un très beau fusil anglais qu'il portait à l'épaule.
—Bonjour, Orso, s'écria l'enfant gâté de la famille, en lui sautant au cou.
—Bonjour, mauvais garnement, répondit Orso en lui rendant ses caresses.
—C'est mon frère le chasseur, dit mon petit Raphaël en herbe, d'une voix triomphante.