En m'approchant je les regardais: ce n'étaient pas des hommes, c'étaient des spectres.

Ces malheureux, avec leur teint hâve, leurs membres frissonnans, leurs dents qui se choquaient, étaient hideux à voir; le mieux portant des quatre eût pu poser pour une effrayante statue de la Fièvre.

Je les considérai un instant, oubliant pourquoi je m'étais approché d'eux; puis, par un retour égoïste sur moi-même, je pensai que j'étais moi-même au milieu de ces marais dont les émanations les avaient faits tels qu'ils étaient.

—Et les chevaux? demandai-je.

—Écoutez, me répondit l'un d'eux, les voilà.

En effet, on entendait un piétinement qui allait se rapprochant, puis un hennissement sauvage, puis, mêlés à ce bruit confus, des juremens et des blasphèmes.

Bientôt les hommes qui s'étaient éloignés avec des lances reparurent chassant devant eux une douzaine de petits chevaux, ardens, sauvages, fougueux, et qui semblaient souffler la flamme par les naseaux.

Aussitôt les quatre fiévreux se levèrent, se jetèrent au milieu du troupeau étrange, saisirent chacun un cheval par la longe qu'il traînait, lui passèrent, malgré sa résistance, un misérable harnais, et, tout en me criant: «Remontez, remontez,» poussèrent l'attelage récalcitrant vers la voiture.

Je compris qu'il n'y avait pas d'observations à faire, et que dans les marais Pontins cela devait se passer ainsi. Je remontai donc vivement sur mon siége et je repris ma place près de Jadin.

—Ah ça! me dit Jadin, où allons-nous? Au sabbat?