Teresa essaya de le faire, mais Gasparone la pressa tellement qu'elle fut forcée d'avouer que cette belle robe qu'elle avait essayée, que ces beaux bijoux dont on l'avait couverte, lui faisaient envie, et qu'elle voudrait les posséder, ne fût-ce que pour s'en parer toute seule dans sa chambre et devant son miroir.

Gasparone la laissa dire, puis, quand elle eut fini:

—Tu dis donc, demanda-t-il, que tu serais heureuse si tu avais cette robe et ces bijoux?

—Oh! oui, s'écria Teresa.

—C'est bien, dit Gasparone. Cette nuit tu les auras.

Le même soir, le feu prit à la villa du prince L…, justement dans la partie du bâtiment qu'habitaient les jeunes princesses. Par bonheur, Gasparone, qui rôdait dans les environs, vit l'incendie un des premiers, se précipita au milieu des flammes, et sauva les deux jeunes filles.

Toute cette partie de la villa fut dévorée par l'incendie et l'intensité du feu était telle qu'on n'essaya pas même de sauver les meubles ni les bijoux.

Gasparone seul osa se jeter une troisième fois dans les flammes, mais il ne reparut plus; on crut qu'il y avait péri, mais on apprit que, ne pouvant repasser par l'escalier qui s'était abîmé, il avait sauté du haut d'une fenêtre qui donnait dans la campagne.

Le prince fit chercher Gasparone, et lui offrit une récompense pour le courage qn'il avait montré, mais le jeune homme refusa fièrement, et quelques instances que lui fit Son Altesse, il ne voulut rien accepter.

On approchait de la semaine de Pâques. Gasparone était trop bon chrétien pour ne pas remplir exactement ses devoirs de religion. Il alla comme d'habitude se confesser au curé de sa paroisse; mais cette fois le curé, on ne sait pourquoi, lui refusait l'absolution. Une discussion, s'établit alors entre le confesseur et le pénitent; et comme le confesseur persistait dans son refus d'absoudre le jeune homme, celui-ci, qui ne voulait pas s'en retourner avec une conscience inquiète, tua le curé d'un coup de couteau.