A un ordre du gouverneur, chacun des bandits se rangea sur la porte de sa cellule, comme pour passer une inspection.

Nous nous étions à l'avance, et sur leur réputation, figuré voir des hommes terribles, au regard farouche et au costume pittoresque: nous fûmes singulièrement détrompés.

Nous vîmes de bons paysans, toujours comme on en voit à l'Opéra-Comique, avec des figures bonasses et les regards les plus bienveillans.

Nous avions nos bandits devant les yeux que, ne pouvant croire que c'étaient eux, nous les cherchions encore.

Vous rappelez-vous tous les Turcs de l'ambassade ottomane, que nous trouvions si beaux, si romanesques, si poétiques, sous leurs robes brodées, sous leurs riches dolimans, sous leurs magnifiques cachemires, et qui aujourd'hui, avec leur redingote bleue en fourreau de parapluie et leurs calottes grecques, ont l'air de bouteilles à cachets rouges?

Eh bien! il en était ainsi de nos brigands.

Nous comptions sur Gasparone pour relever un peu le physique de toute la bande; il était le dernier de ses compagnons, occupant la première cellule en retour, debout comme les autres sur le seuil de sa porte, les deux mains dans les goussets de sa culotte, nous attendant d'un air patriarcal.

C'était là cet homme qui, pendant dix ans, avait fait trembler les États romains, qui avait eu une armée, qui avait lutté corps à corps avec Léon XII, un des trois papes guerriers que les successeurs de saint Pierre comptent dans leurs rangs; les deux autres sont, comme on le sait, Jules II et Sixte-Quint.

Il nous invita d'une voix presque caressante à entrer dans sa cellule.

Ainsi, c'était cette voix caressante qui avait donné tant d'ordres de mort, c'étaient ces yeux bienveillans qui avaient lancé de si terribles éclairs, c'étaient ces mains inoffensives qui s'étaient si souvent rougies de sang humain.