C'était à croire qu'on nous avait volé nos voleurs.
Gasparone me renouvela, avec la politesse qui m'avait déjà étonné dans ses camarades, l'invitation d'entrer dans sa cellule, invitation que j'acceptai cette fois sans me faire prier. J'espérais qu'à défaut du lion je trouverais au moins une caverne.
La caverne était une petite chambre assez propre, quoique fort misérablement meublée.
Parmi ces meubles, qui se composaient du reste d'une table, de deux chaises et d'un lit, un seul me frappa tout particulièrement.
Quatre rayons de bois cloués au mur simulaient une bibliothèque, et les rayons de cette bibliothèque à leur tour soutenaient quelques livres.
Je fus curieux de voir quelles étaient les lectures favorites du bandit, et lui demandai la permission de jeter un coup d'oeil sur la partie intéressante de son mobilier.
Il me répondit que les livres, la cellule et son propriétaire étaient bien à mon service.
Sur quoi je m'approchai des rayons et je reconnus, à mon grand étonnement: d'abord un Télémaque; près du Télémaque, un Dictionnaire français-italien, puis, de l'autre côté du Dictionnaire français-italien, une pauvre petite édition de Paul et Virginie, toute fatiguée et toute crasseuse; enfin les Nouvelles morales, de Soane, et les Animaux parlans, de Casti.
Puis quelques autres livres qui n'eussent point été déplacés dans une institution de jeunes demoiselles.
—Est-ce votre propre choix, ou l'ordre du gouverneur qui vous a composé cette bibliothèque? demandai-je à Gasparone.