—Cependant, vous êtes bien M. Alexandre Dumas?
—Je suis bien M. Alexandre Dumas.
—Alors, je n'y comprends rien.
—Comme ce n'est pas votre état de comprendre, ayez la bonté, monsieur, de vous borner à faire votre état.
—Eh bien! mon état, monsieur, est, pour le moment, de vous faire reconduire hors de la frontière.
—Ordonnez que mes effets soient déchargés de la voiture de Venise et faites venir un vetturino.
—Mais je ne dois pas vous cacher que deux carabiniers vous reconduiront jusqu'à Pérouse, et qu'il ne vous sera permis de vous arrêter ni le jour ni la nuit.
—Je connais déjà la route, par conséquent je ne tiens pas à m'arrêter le jour. Quant aux nuits, j'aime autant les passer dans une voiture propre que dans vos auberges sales. Restent donc les voleurs. Vous me donnez une escorte. On n'est pas plus aimable. Je suis prêt à partir, monsieur.
On fit venir mon conducteur, qui me fit payer ma place et mon excédant de bagages jusqu'à Venise, et un vetturino qui, voyant que je n'avais pas le temps de discuter le prix de sa calèche, me demanda deux cents francs pour me conduire jusqu'à Pérouse. C'était cent francs par jour. Je lui comptai les deux cents francs et lui fis signer son reçu. Lorsque je le tins, je lui fis observer qu'il était encore plus bête que voleur, puisqu'il pouvait m'en demander quatre cents, et que j'aurais été obligé de les lui donner de même. Le vetturino comprit parfaitement la chose, et s'arracha les cheveux de désespoir; mais il n'y avait pas moyen de revenir sur le traité, il était signé.
Un quart d'heure après je roulais sur la route de Pérouse, établi carrément dans mon voiturin, et ayant mes deux carabiniers dans le cabriolet.