Il aurait tutoyé la reine en personne.

—Monsieur, balbutie la débutante, devenue rouge jusqu'au blanc des yeux, j'ai la prière de Norma

—Comment, malheureuse! s'écrie Barbaja d'une voix tonnante; après la
Ronzi, oserais-tu aborder la prière de Norma? Quelle audace!

—Je chanterai, si vous le préférez, la cavatine du Barbier.

—La cavatine du Barbier! après la Fodor! Quelle indignité!

—Pardon, monsieur, dit la jeune fille en tremblant; j'essaierai la romance du Saule.

—La romance du Saule! après la Malibran! Quelle profanation!

—Alors il ne me reste plus que des solféges, reprend la pauvre débutante presque en sanglotant.

—A la bonne heure! Va pour les solféges!

La jeune fille essuie ses larmes, la mère lui glisse à l'oreille un mot de consolation, l'accompagnateur l'encourage; bref, elle s'en tire à merveille. Jamais solféges n'avaient été mieux exécutés.