Tout cela n'empêche pas que Domenico Barbaja n'ait créé Lablache,
Tamburini, Rubini, Donzelli, la Colbron, la Pasta, la Fodor,
Donizetti, Bellini, Rossini lui-même; oui, le grand Rossini.

Les plus grands chefs-d'oeuvre du maître souverain ont été composés pour Barbaja, et Dieu seul peut savoir ce qu'il en a coûté au pauvre impresario de prières, de violences et de ruses pour forcer au travail le génie le plus libre, le plus insouciant et le plus heureux qui ait jamais plané sur le beau ciel de l'Italie.

J'en citerai un exemple qui caractérise parfaitement l'imprésario et le compositeur.

V

Otello.

Rossini venait d'arriver à Naples, précédé déjà par une grande réputation. La première personne qu'il rencontra en descendant de voiture fut, comme on s'en doute bien, l'impresario de Saint-Charles. Barbaja alla au devant du maestro les bras et le coeur ouverts, et, sans lui donner le temps de faire un pas ni de prononcer une parole:

—Je viens, lui dit-il, te faire trois offres, et j'espère que tu ne refuseras aucune des trois.

—J'écoute, répondit Rossini avec ce fin sourire que vous savez.

—Je t'offre mon hôtel pour toi et pour tes gens.

—J'accepte.