Casa Inglese, ou Casa degli Inglesi.
Pendant tout le temps qu'on bâtit cette maison nouvelle, monsieur Gemellaro, qui, grâce aux ouvriers, pouvait faire venir tous les jours de Nicolosi les choses qui lui étaient nécessaires, demeura dans l'ancienne, occupé à faire des observations thermométriques trois fois par jour. D'après ces observations, la température moyenne, dans le mois de juillet fut, le matin, de +3,37; à midi, +7; le soir, +3; moyenne, +4,9; et dans le mois d'août, le matin, +2,7; à midi, +8,2; et le soir, +3,1; moyenne: +4,7; la plus grande chaleur monta jusqu'à +12,4; le plus grand froid descendit jusqu'à -0,9. Ces expériences, comme nous l'avons dit, étaient faites à 9219 pieds au-dessus du niveau de la mer.
Aujourd'hui, la Gratissima est en ruines, et la maison anglaise, dégradée chaque jour par les voyageurs qui y passent, menace de ne leur offrir bientôt d'autre abri que ses quatre murs.
Après une nouvelle halte d'un quart d'heure, pendant laquelle nous expédiâmes notre poulet et le reste du pain, nous sortîmes de nouveau de la maison anglaise, et nous nous trouvâmes sur le plateau qu'on appelle, par antiphrase sans doute, la pleine du Froment. Il était entièrement couvert de neige, quoique nous fussions au temps le plus chaud de l'année. Une trace, visiblement battue, indiquait le chemin suivi par les voyageurs. Nous nous écartâmes pour aller visiter à gauche la vallée del Bue. A chaque pas que nous faisions sur cette neige vierge, nous enfoncions de six pouces à peu près.
La vallée del Bue ferait à l'Opéra une magnifique décoration pour l'enfer de la Tentation ou du Diable amoureux. Je n'ai jamais rien vu de plus triste et de plus désolé que ce gigantesque précipice, avec ses cascades de lave noire, figées au milieu de leur cours sur ce sol incandescent. Pas un arbre, pas une herbe, pas une mousse, pas un être animé. Absence totale de bruit, de mouvement et d'existence.
Aux trois régions qui divisent l'Etna, on pourrait certes en ajouter une quatrième plus terrible que toutes les autres, la région du feu.
Au fond de la vallée del Bue, on voit, à trois ou quatre mille pieds au-dessous de soi, deux volcans éteints qui ouvrent leurs gueules jumelles. On dirait deux taupinières. Ce sont deux montagnes de quinze cents pieds chacune.
Il fallut toutes les instances de notre guide pour nous arracher à ce spectacle. Rien ne pouvait nous faire souvenir que nous avions une trentaine de milles à faire pour retourner à Catane. D'ailleurs Catane était là sous nos pieds; nous n'avions qu'à étendre la main, nous y touchions presque. Comment croire à ces dix lieues dont nous parlait notre guide?
Nous remontâmes sur nos mulets, et nous partîmes. Quatre heures après, nous étions de retour chez monsieur Gemellaro. Nous l'avions quitté avec un sentiment d'amitié, nous le retrouvions avec un sentiment de reconnaissance.
Et voilà cependant un de ces hommes que les gouvernements oublient, que pas un souvenir ne va chercher, que pas une faveur ne récompense. Monsieur Gemellaro n'est pas même correspondant de l'Institut. Il est vrai qu'heureusement le bon et cher monsieur Gemellaro ne s'en porte ni mieux ni plus mal.