—C'est vous, Teresa, qui êtes folle, reprit froidement Cantarello, ou plutôt qui avez volontairement perdu la mémoire. Ne vous souvenez-vous plus que le marquis de San-Floridio nous avait, depuis longtemps, fiancés l'un à l'autre, et que, la veille même du tremblement de terre, c'est-à-dire le 4 à minuit, nous avons été mariés dans sa chapelle, où il a voulu nous servir de témoin lui-même; mariés par son propre chapelain?

Je jetai un cri de terreur, car je savais que le marquis et le chapelain étaient morts tous deux, et que ni l'un ni l'autre par conséquent ne pouvait porter témoignage en ma faveur.

—Avez-vous commis ce sacrilège, ma fille? demanda avec un dernier air de doute le prêtre en s'avançant vers moi.

—Mon père, m'écriai-je, par tout ce qu'il y a de plus sacré au monde, je vous affirme…

—Et moi, dit Cantarello en étendant la main vers l'autel, je vous affirme…

—Pas de parjure, m'écriai-je, pas de parjure! N'avez-vous point déjà assez de crimes dont il vous faut répondre devant Dieu?

Cantarello tressaillit et me regarda fixement, comme s'il eût voulu lire jusqu'au fond de mon âme; mais cette fois, au lieu de me troubler, son regard me donna une force nouvelle, car dans son regard je voyais apparaître un sentiment de terreur. Je profitai de ce moment d'hésitation.

—Mon père, dis-je au prêtre, cet homme est un pauvre fou qui m'a aimée, et je ne puis attribuer le crime dont il a voulu se rendre coupable aujourd'hui qu'à l'excès de son amour. Laissez-moi lui parler, je vous prie, tout bas, près de l'autel, mais en face de vous tous, et j'espère qu'il se repentira et qu'il avouera la vérité.

Cantarello éclata de rire.

—La vérité, s'écria-t-il, je l'ai dite, et il n'y a pas de puissance au monde qui puisse me faire dire autre chose.