—Silence, répondis-je, et suivez-moi.
Dieu me donnait une force inouïe, inconnue, et dont je ne me serais jamais crue capable. Le prêtre était descendu de l'autel; je fis signe à Cantarello de me suivre: il me suivit. Tous les assistants formaient autour de nous un large cercle; Luigi seul se tenait en avant, la main sur son couteau, et ne nous perdant pas des yeux.
—Teresa, me dit Cantarello à voix basse et m'adressant la parole le premier, comme s'il eût craint ce que j'allais dire, pourquoi avez-vous manqué à la parole que vous avez donnée au marquis de San-Floridio? Pourquoi m'avez-vous forcé de recourir à ce moyen?
—Parce que, lui répondis-je en le regardant fixement à mon tour, parce que je ne voulais pas être la femme d'un voleur ni d'un assassin.
Cantarello devint pâle comme la mort; mais cependant, à l'exception de cette pâleur, rien n'indiqua que le coup dont je venais de le frapper eût porté si avant.
—D'un voleur et d'un assassin! répéta-t-il en riant; vous m'expliquerez ces paroles, je l'espère?
—Je n'ai qu'une seule explication à vous donner, répondis-je; j'étais dans la chambre voisine, et à travers une fente de la muraille j'ai tout vu.
—Et qu'avez-vous vu? me demanda Cantarello.
—Je vous ai vu entrer dans la chambre du marquis au moment où il venait d'être blessé par la chute d'une poutre; je vous ai vu vous précipiter sur lui, je vous ai vu l'étrangler avec la cordelière de sa robe de chambre; je vous ai vu forcer le secrétaire et tout prendre, or et billets; puis tirer la paillasse du lit, renverser secrétaire, chaises et canapé, et y mettre le feu avec un tison du poêle. C'est moi qui ai jeté le cri qui vous a fait lever la tête; et quand vous m'avez rencontrée en bas, sous le vestibule, et que je vous ai fui, vous avez cru que j'étais pâle d'effroi, n'est-ce pas? C'était d'horreur.
—Le conte n'est point mal imaginé, reprit Cantarello. Et sans doute vous espérez qu'on le croira?