—Oui; car ce n'est point un conte, mais une terrible réalité.
—Mais la preuve?
—Comment! la preuve?
—Oui, il faudra donner la preuve. Le palais est en feu, le cadavre est consumé, le secrétaire qui contenait cet or prétendu et ces billets supposés est réduit en cendres. Oui, la preuve! la preuve!
Sans doute ce fut Dieu qui m'inspira.
—Vous ignorez donc ce qui s'est passé? lui demandai-je.
—Que s'est-il passé?
—Après votre départ, après que vous eûtes quitté la ville pour aller cacher votre vol dans quelque retraite sûre, les domestiques du marquis se sont réunis, et, dans un moment de tranquillité, sont montés à sa chambre. Le cadavre a été retrouvé intact, déposé dans la chapelle, et la trace de la strangulation peut sans doute encore se voir autour de son cou. Le secrétaire est en cendres, oui; les billets sont brûlés, oui; mais l'or se fond et ne se consume pas. Les domestiques savaient que ce secrétaire était plein d'or; on cherchera les lingots, et les lingots seront absents. Alors, moi, je dirai où ils doivent se trouver, et peut-être, en cherchant bien dans les caves ou dans les jardins de votre maison de Catane, on les trouvera.
Cantarello poussa une espèce de rugissement sourd que moi seule je pus entendre, et je vis qu'il hésitait s'il ne me poignarderait pas tout de suite, au risque de ce qui pourrait en résulter.
—Si vous faites un mouvement, lui dis-en en reculant d'un pas, j'appelle au secours, et vous êtes perdu. Voyez plutôt.