Nous nous habillâmes à la hâte et tout en pleurant; puis, fermant la porte derrière nous, nous prîmes à notre tour la route de Feminamorta; mais, à moitié chemin à peu près, et comme nous traversions un endroit resserré par des rochers, quatre hommes masqués s'élancèrent sur nous, nous renversèrent, nous lièrent les mains, et nous mirent un bâillon dans la bouche et un bandeau sur les yeux. Puis, ayant fait avancer une litière portée à dos de mulets, ils nous firent entrer dedans, Luigi et moi, fermèrent à clef les portières et les volets, et se remirent aussitôt en chemin au grand trot des mules. Nous marchâmes ainsi quatre ou cinq heures à peu près, puis nous nous arrêtâmes; un instant après, la porte de notre litière s'ouvrit, et nous sentîmes, à la fraîcheur qui venait jusqu'à nous, que nous devions être dans quelque grotte; alors on nous débâillonna.

—Où sommes-nous et où nous menez-vous? m'écriai-je aussitôt, tandis que de son côté Luigi faisait à peu près la même question.

—Buvez et mangez, dit une voix qui nous était parfaitement inconnue, tandis qu'on nous déliait les mains, en nous laissant les jambes enchaînées; buvez et mangez, et ne vous occupez pas d'autre chose.

J'arrachai le bandeau qui me couvrait les yeux. Comme je l'avais prévu, nous étions dans une caverne, deux hommes masqués se tenaient chacun à une portière, un pistolet à la main, tandis que deux autres nous tendaient du vin et du pain.

Luigi repoussa le vin et le pain qu'on lui offrait, et fit un mouvement pour délier la corde qui retenait ses jambes; un des hommes lui appuya un pistolet sur la poitrine.

—Encore un mouvement pareil, lui dit-il, et tu es mort.

Je suppliai Luigi de ne faire aucune résistance.

On nous présenta de nouveau du pain et du vin.

—Je n'ai pas faim, je n'ai pas soif, dit Luigi.

—Ni moi non plus, ajoutai-je.