—Non, monsieur, les routes sont superbes, au contraire; mais vous avez le malheur d'être porté sur la liste de ceux qui ne peuvent pas entrer dans le royaume napolitain.
—Quelque honorable que soit cette distinction, monsieur l'ambassadeur, repris-je en assortissant le ton aux paroles, comme elle briserait à la moitié le voyage que je compte faire, ce qui ne serait pas sans quelque désagrément pour moi, vous me permettrez d'insister, je l'espère, pour connaître la cause de cette défense. Si c'était une de ces causes légères comme il s'en rencontre à chaque pas en Italie, j'ai quelques amis de par le monde, qui, je le crois, auraient la puissance de les faire lever.
—Ces causes sont très graves, monsieur, et je doute que vos amis, si haut placés qu'ils soient, aient l'influence de les faire lever.
—Mais enfin, sans indiscrétion, monsieur, pourrait-on les connaître?
—Oh! mon Dieu, oui, répondit négligemment monsieur de Ludorf, et je ne vois aucun inconvénient à vous les dire.
—J'attends, monsieur.
—D'abord, vous êtes le fils du général Mathieu Dumas, qui a été ministre de la Guerre à Naples pendant l'usurpation de Joseph.
—Je suis désolé, monsieur l'ambassadeur, de décliner ma parenté avec l'illustre général que vous citez; mais vous êtes dans l'erreur, et malgré la ressemblance du nom, il n'y a même entre nous aucun rapport de famille. Mon père est, non pas le général Mathieu, mais le général Alexandre Dumas.
—Du général Alexandre Dumas? reprit monsieur de Ludorf, en ayant l'air de chercher à quel propos il avait déjà entendu prononcer ce nom.
—Oui, repris-je; le même qui, après avoir été fait prisonnier à Tarente au mépris du droit de l'hospitalité, fut empoisonné à Brindisi avec Mauscourt et Dolomieu, au mépris du droit des nations. Cela se passait en même temps que l'on pendait Caracciolo dans le golfe de Naples. Vous voyez, monsieur, que je fais tout ce que je puis pour aider vos souvenirs.