Monsieur de Ludorf se pinça les lèvres.

—Eh bien! monsieur, reprit-il après un moment de silence, il y a une seconde raison: ce sont vos opinions politiques. Vous nous êtes désigné comme républicain, et vous n'avez quitté, nous a-t-on dit, Paris, que pour affaires politiques.

—A cela je répondrai, monsieur, en vous montrant mes lettres de recommandation: elles portent presque toutes le cachet des ministères et la signature de nos ministres. Voyez, en voici une de l'amiral Jacob, en voici une du maréchal Soult, et en voici une de M. Villemain; elles réclament pour moi l'aide et la protection des ambassadeurs français dans les cas pareils à celui où je me trouve.

—Eh bien! dit monsieur de Ludorf, puisque vous aviez prévu le cas où vous vous trouvez, faites-y face, monsieur, par les moyens qui sont en votre pouvoir. Pour moi, je vous déclare que je ne viserai pas votre passeport. Quant à ceux de vos compagnons, comme je ne vois aucun inconvénient à ce qu'ils aillent où ils voudront, les voici. Ils sont en règle, et ils peuvent partir quand il leur plaira; mais, je suis forcé de vous le répéter, ils partiront sans vous.

—Monsieur le comte de Ludorf a-t-il des commissions pour Naples? demandai-je en me levant.

—Pourquoi cela, monsieur?

—Parce que je m'en chargerais avec le plus grand plaisir.

—Mais je vous dis que vous ne pouvez point y aller.

—J'y serai dans trois jours.

Je saluai monsieur de Ludorf, et je sortis le laissant stupéfait de mon assurance.