—Voilà les certificats des derniers Français qui m'ont employé: vous pouvez voir qu'ils ont été parfaitement satisfaits de mes services.
Et en effet il signor Mercurio nous présenta trois ou quatre certificats fort circonstanciés et fort indiscrets qu'il tenait de la reconnaissance de nos compatriotes. Je les parcourus des yeux et les passais à Jadin, qui les lut à son tour.
—Ces messieurs voient que je suis parfaitement en règle?
—Oui, mon cher ami, mais malheureusement nous n'avons pas besoin de vous.
—Si fait, Excellence, on a toujours besoin de moi; quand ce n'est pas pour une chose, c'est pour une autre: êtes-vous riches, je vous ferai dépenser votre argent; êtes-vous pauvres, je vous ferai faire des économies; êtes-vous artistes, je vous montrerai des tableaux; êtes-vous hommes du monde, je vous mettrai au courant de tous les arrangements de la société. Je suis tout, Excellence: cicerone, valet de chambre, antiquaire, marchand, acheteur, historien,—et surtout…
—Ruffiano, dit Jadin.
—Si signore, répondit notre étrange interlocuteur avec une expression d'orgueilleuse confiance dont on ne peut se faire aucune idée.
—Et vous êtes satisfait de votre métier?
—Si je suis satisfait, Excellence! C'est-à-dire que je suis l'homme le plus heureux de la terre.
—Peste! dit Jadin, comme c'est agréable pour les honnêtes gens!