Le guide de Gaetano prit la rue Magueda, qu'il parcourut aux trois quarts de sa longueur; puis il s'arrêta devant un délicieux palazzino, tira une clef de sa poche, ouvrit une porte donnant sur un escalier, dont on avait éteint avec soin toutes les lumières, dit à Gaetano de le suivre en tenant le bout de son voile, monta avec lui une vingtaine de marches, l'introduisit dans une antichambre; faiblement éclairée, traversa un riche salon; puis, ouvrant une porte qui laissa arriver jusqu'au beau pêcheur cet air tiède et parfumé qui s'échappe du boudoir d'une jolie femme:
—Madame, dit-elle, c'est lui.
—O mon Dieu! Teresita, répondit une douce voix avec un accent plein de crainte, je n'oserai jamais le voir.
—Et pourquoi cela, madame? dit Teresita entrant et laissant la porte ouverte pour que Gaetano pût voir sa maîtresse à demi couchée sur une chaise longue, et dans le plus délicieux déshabillé qui se pût voir; pourquoi cela?
—Il n'aurait qu'à ne pas m'aimer!
—Ne pas vous aimer, madame! s'écria Gaetano en se précipitant dans la chambre; ne pas vous aimer! Le croyez-vous vous même, et n'est-ce pas impossible quand on vous a vue? Oh! ne craignez rien, ne craignez rien, madame! Je suis tout a vous.
Et Gaetano tomba aux pieds de la jeune femme, qui cacha sa tête dans ses mains comme par un dernier mouvement de pudeur.
Teresita sortit et les laissa ensemble.
Gelsomina attendit jusqu'à quatre heures du matin, mais inutilement,
Gaetano ne vint pas.
La journée du lendemain fut une triste journée pour la pauvre enfant; c'était sa première douleur d'amour. Il lui sembla que le soleil ne se coucherait jamais; enfin, le soir arriva, la nuit vint, les heures passèrent, lourdes et éternelles, mais elles passèrent. Minuit sonna.